La respiration guidée à l’école ou comment apprendre à mieux gérer nos émotions

 

Depuis la publication des résultats du projet de recherche mené par les écoles dans la circonscription de Poitiers Sud Vienne, notre équipe a été questionnée à de nombreuses reprises sur la mise en place de la pratique de la respiration guidée en classe. Nous avons eu la visite du Docteur O’Hare qui a accepté de répondre directement à quelques questions des personnes que nous avons formées. Retour sur cette interview.

La respiration guidée en 10 mots from Poitiers Sud Vienne on Vimeo.

 

J’ai la grande chance de recevoir le Docteur David O’Hare, auteur des livres 365 et Cohérence Kid, spécialiste de la cohérence cardiaque . Aujourd’hui, nous avons l’énorme plaisir dans le cadre des formations que nous effectuons au sein des écoles de pouvoir aujourd’hui, relayer des questions qui ont été posées par des personnes qui ont assisté à la dernière formation. Nous leur avons demandé d’écrire quelles pouvaient être leurs attentes en matière de formation par rapport à la respiration guidée aussi bien à l’école , qu’au collège ou bien au lycée.

David O’Hare :

Je voudrais rajouter que je n’ai pas voulu voir les mots à l’avance pour garder la surprise pour moi aussi.

Eric Zahnd :

Absolument, c’est très sportif de ta part et nous l’apprécions à juste titre. Je prends donc les mots que nous avons récoltés au cours de la formation. Le tout premier mot qui a été choisi est le mot STRESS.

 

« Nous nous adaptons mais jusqu’à une certaine limite et lorsque ces ressources et limites sont dépassées, on passe en mode « fracture », c’est ce que l’on appelle le burn out, l’épuisement… »

 

David O’Hare

Le stress…Il est certain que la pratique de la respiration guidée vise ce syndrome.Le stress est un syndrome d’adaptation, c’est un ensemble d’événements réflexes automatiques que notre corps met en place lorsqu’il est face à un événement, une situation potentiellement dangereuses, menaçante. Il est vrai que le stress est naturel, le stress est favorable, c’est grâce au stress que notre espèce et d’autres animaux ont pu survivre puisque dès que nous avons quelque chose de nouveau, d’imprévu, de difficile, nous nous mettons en mode stress c’est à dire que nous cherchons des ressources internes pour nous adapter.Et c’est véritablement le mot adaptation qui doit être lié au stress. Le stress est un syndrome d’adaptation.Cest un terme très nouveau . Il date de 1956. Il a été employé pour la première fois pour la médecine, la physiologie. C’est un médecin québecois qui a appliqué un terme de physique qui définit la déformation des métaux. On stresse le métal. Il chauffe et s’adapte en devenant malléable et , si on le chauffe trop, il casse. Et c’est exactement la même chose qui est adapté à l’espèce humaine c’est à dire que nous nous adaptons mais jusqu’à une certaine limite et lorsque ces ressources et limites sont dépassées, on passe en mode « fracture », c’est ce que l’on appelle le burn out, l’épuisement etc. Le stress, ce sont des moyens d’adaptation que le corps a mis en place pour que nous puissions vivre dans un environnement changeant.

Eric Zahnd

Le deuxième mot qui a été choisi est le mot ACCOMPAGNER.

David O’Hare

Génial ! Parce que nous lançons dans les jours qui viennent une formation complète en respiration guidée et cohérence cardiaque « La cohérence cardiaque de soutien pour les accompagnants, les aidants, les intervenants, les accompagnateurs. » . C’est vrai que cette pratique de la respiration guidée n’est pas seulement un outil de développement personnel, d’adaptation mais c’est aussi un outil d’aide relationnel. Avec la respiration guidée, nous pouvons faire une respiration synchrone, c’est à dire que nous allons respirer ensemble toi et moi. C’est exactement comme si on accordait nos systèmes nerveux autonomes, comme si on synchronisait notre physiologie et le maître mot de la prochaine et de la nouvelle cohérence cardiaque, la nouvelle respiration guidée, c’est justement l’accompagnement.

 

« La respiration guidée renforce la sérénité c’est à dire cette conscience d’avoir des ressources pour faire face aux événements changeants. »

 

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Eric Zahnd

Le troisième mot est intéressant car il a plusieurs sens. Tu choisiras celui qui te conviendra. Il s’agit du mot PRATIQUE.

David O’Hare

La respiration guidée est une pratique pratique. On a des résultats si on pratique. C’est comme si on faisait un entraînement de type physique ou sportif. Plus on pratique, plus cela devient simple. Plus on pratique, plus on agit sur le stress. Mais c’est aussi très simple et il y a très peu de méthodes qui soient aussi simples. C’est vraiment très pratique d’emporter cela avec nous sans matériel. Il suffit de respirer, de respirer ensemble avec des fréquences respiratoires qui sont très faciles à intégrer et à apprendre. En quelque jours on se passe de tout matériel et ça devient pratique !

Eric Zahnd

Nous retrouvons le quatrième mot dans les expérimentations que nous avons déjà menées. C’est SÉRÉNITÉ.

David O’Hare

La sérénité est un équilibre et la conscience d’avoir des ressources pour faire face aux événements changeants. Nous ne pouvons pas éviter d’être dans des situations difficiles. Au contraire, nous allons forcément rencontrer des moments difficiles dans nos vies à titre individuel, collectif, familial…Par contre la mise en place d’une pratique d’adaptation va augmenter ces capacités d’adaptation en nous donnant la sérénité de savoir que nous avons une ressource dans laquelle nous pouvons puisez lorsque les moments sont difficiles.

Eric Zahnd

Le mot qui venait juste après avait un lien avec cette pratique puisqu’il s’agissait de FÉDÉRATEUR.

David O’Hare

Dans ce cas on est dans la pratique collective. Les êtres humains ont un point commun entre eux, c’est la physiologie et lorsque l’on respire de façon consciente et volontaire, lorsque l’on adopte une respiration volontaire et consciente où l’on va égaliser le temps inspiratoire et le temps expiratoire, il y a des effets physiologiques que nous utiliserons dans la respiration guidée mais lorsque nous le faisons ensemble, c’est comme si nous synchronisions nos respirations, notre physiologie et cela renforce les ressources de chacun d’entre nous. C’est vrai que la cohérence cardiaque utilise une fréquence respiratoire de 0,10Htz qui est une constante physiologique pour toute l’espèce humaine. Chaque mois que nous respirons à une fréquence proche de O,10 Htz, c’est à dire 6 cycles respiratoires /minute, nous nous mettons dans un phénomène de résonance, c’est à dire que nous avons ce dénominateur commun qui fait que chaque fois que l’un d’entre nous respire 6 fois par minute, nous cherchons à syntoniser les autres systèmes nerveux autonomes.

 

« Il est important de ritualiser la pratique de la respiration guidée. On peut aussi prendre appui sur des routines respiratoires qui frappent l’imagination des enfants. »

 

Eric Zahnd

Il est vrai que dès lors que l’on est dans cette pratique, nous avons des questions qui nous viennent du milieu enseignant( sur la mise en place . C’est pourquoi le mot suivant qui a été choisi est ASTUCES. Quelles astuces pour cette mise en place ?

David O’Hare

Le problème n°1 de la cohérence cardiaque, c’est que c’est trop simple., trop facile et donc on a tendance à oublier. C’est une pratique et on a des effets intéressants que si l’on pratique régulièrement et c’est vrai que les effets physiologiques sont assez fugaces. Quelques heures après, l’effet s’estompe et on revient à un mode d’adaptation plus chaotique que cohérent. L’astuce principale est de ritualiser cette pratique, c’est à dire d’en faire des moments qui vont vous manquer lorsque vous les oublierez, d’en faire vraiment un rituel. Je me lève le matin, je pratique la cohérence cardiaque pendant 5 minutes, je vais ritualiser cela avant le repas, en milieu d’après-midi et l’astuce numéro 1 vas être de chercher à intégrer cette pratique simple, courte, efficace de respiration guidée à ma vie de tous les jours.

Eric Zahnd

Je fais une toute petite parenthèse par rapport à ce dernier livre, cohérence Kid , qui est un peu plus destiné aux professionnels de l’Éducation et je pense particulièrement à ces respiroutines qui ont été élaborées par un enseignant et qui allient en quelque sorte une manière de faire qui fait vivre différemment et avec des scénarii différents, la respiration guidée à l’école.

 

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David O’Hare

Oui, les respiroutines, c’est une routine respiratoire qui ont une histoire et souvent un nom, très imagé, pour toucher l’imagination car sinon on peut se lasser très vite si l’on fait simplement ses respirations. A la base on fait tous la même chose, on respire de façon synchrone. On peut renforcer l’inspiration pour un effet plus dynamisant, renforcer le souffle, si on veut un effet plus relaxant. Pour frapper davantage l’imaginaire nous avons donné un nom à chaque respiroutines. Vous en trouverez 47 dans le livre , j’en ai une centaine en réserve. D’ailleurs chaque respiroutine commence par « C’est l’histoire de… »

Dès les premières études que nous avons menées à partir le maître-mot qui revenait systématiquement des patients était « lâcher prise ».

Eric Zahnd

Le mot suivant, on l’entend souvent chez nous . C’est le mot PROGRESSER.

David O’Hare

Je vais parler de ce mot d’un point de vue physiologique, car, en tant que médecin, la pratique de la respiration m’a intéressé. Le simple fait de respirer à des fréquences fixes où l’inspiration est égale à l’expiration déclenche un réflexe que l’on appelle l’arythmie sinusale respiratoire, qui est une stimulation alternée d’un système à deux branches, le système nerveux autonome, avec une branche sympatique (fuite, combat , énergie vers l’extérieur) et le système parasympatique (repos, récupération, relaxation) Et donc c’est un réflexe. C’est comme si on observait un balancier qui va osciller entre énergie vers l’extérieur(inspiration) et énergie vers l’intérieur (repos, relaxation, récupération). Et lorsque l’on enregistre ces oscillations du système nerveux autonome, on s’aperçoit qu’en pratiquant régulièrement l’oscillation augmente. C’est comme une balançoire que vous allez petit à petit poussez de plus en plus fort, les oscillations de cette balançoire vont augmenter. Il faut savoir que l’amplitude de cette oscillation est favorable à la santé, est favorable au bien-être, est favorable au calme et à la sérénité que nous avons mentionnés. En pratiquant régulièrement nous progressons vers une meilleure santé, vers un meilleurs équilibre du système nerveux autonome.C’est ce que l’on appelle l’homéostasie.

Eric Zahnd

 

« Dans le projet mené, j’ai adoré voir respirer ces enfants ensemble et créer cette dynamique de groupe qui est favorable aux individus comme à l’ensemble de la classe. »

Il y avait également ce mot qui correspondait plus à la façon de mettre cette pratique en place dans la classe qui était GÉRER.

David O’Hare

Lorsque nous avons fait une première étude observationnelle, il y a une douzaine d’années à Paris avec des médecins qui pratiquent la cohérence cardiaque et la respiration guidée, dans les retours de leurs patients, le maître mot qui a été le plus fréquemment prononcé a été une impression de prise de distance, cette impression de lâcher prise c’est à dire d’avoir un contrôle, calme et attentif avec cette prise de distance. Et c’est vrai que lorsque l’on est soumis à des stresseurs, on a tendance à perdre le fil, à perdre le contrôle, à devenir plus brouillon, moins clair et moins précis et cette pratique permet d’avoir une vue générale qui est favorable à une gestion sereine des personnes, des enfants mais également de notre environnement, de nos idées et de nos décisions.

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« Le projet est mené à Poitiers mais aussi sur l’île de la Réunion et au Québec. Il touche aussi d’autres publics tels que des enfants d’école situés en Réseau d’Éducation Prioritaire ou bien des collégiens situés en Enseignement Général Professionnel Adapté. »

 

Eric Zahnd

Un ultime mot, qui a une certaine résonance car c’est un peu le slogan de la circonscription de Poitiers Sud Vienne où a té développé le projet. Cet ultime mot c’est ENSEMBLE.

David O’Hare

C’est d’abord respirer ensemble. Ce n’est pas un ensemble d’individus qui respirent individuellement. En fait cela crée comme un orchestre où chaque musicien va jouer mais pas pour lui. Il joue pour l’ensemble et, quel que soit son instrument, du plus simple aux instruments les plus complexes, il va apporter à cette œuvre d’art de musique par exemple, le résultat final d’un ensemble.Il est vrai que nous sommes des individus mais qu’avec tous ces individus réunis, on crée quelque chose. Dans le projet mené, j’ai adoré voir respirer ces enfants ensemble et créer cette dynamique de groupe qui est favorable aux individus comme à l’ensemble de la classe.

 

« La respiration guidée est avant tout une pratique d’équilibre.C’est un équilibre entre ce mouvement vers l’extérieur et la récupération, le repos et la restauration de nos ressources. »

 

Eric Zahnd

Merci David, il est intéressant de préciser que ces expérimentations ne se déroulent pas qu’à Poitiers mais également sur l’Académie de la Réunion.

Davir O’Hare

Sur l’île de la Réunion et depuis cette année, au Québec avec 800 enfants actuellement donc c’est en train de ce propager avec des visée de gestion, de sérénité, c’est très fédérateur et nous accompagnons ce projet.

Eric Zahnd

Nous complétons aussi ces informations en ajoutant que, par rapport à la diversité des publics, le protocole est en train d’être testé actuellement sur une circonscription d’Angoulème auprès de classes qui sont situées en Réseau d’Éducation Prioritaire et nous le testons également auprès de classes d’EGPA (Enseignement Général et Professionnel Adapté) et nous allons donc avoir des résultats extrêmement complets aussi bien géographiquement que par rapport aux publics que nous aurons testés. J’ai juste envie de te poser cet ultime mot qui est EQUILIBRE.

David O’Hare

En tant que médecin, c’est l’homéostasie c’est à dire, un équilibre entre deux forces contraires. De ce point de vue le stress n’est pas un ennemi. Il me permet de mettre en place les moyens de m’adapter. Il stimule mes ressources. Mais s’il y a les ressources, l’équilibre est nécessaire pour les reconstituer. C’est un équilibre entre ce mouvement vers l’extérieur et la récupération, le repos et la restauration de nos ressources. J’aime beaucoup le comparer à l’équilibre financier et budgétaire. L’équilibre de santé c’est un balancier entre deux fonctions opposés mais complémentaires pour notre bonne santé.

Interview réalisée en février 2019

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